CINÉMA - Radio Prague, la censure communiste en Tchécoslovaquie

Le film a le grand mérite d’aborder une période peu traitée au cinéma et de dépeindre un climat très particulier.

Radio Prague, les ondes de la révolte" : le printemps tchèque de 1968 filmé  comme un thriller

C’est peu dire que les anciens pays satellites de l’URSS ont gardé un profond ressentiment à l’égard du régime communiste. Il n’y a qu’à voir, pour s’en convaincre, tous ces films produits en Europe centrale qui sortent, chaque année, sur les écrans pour exorciser un passé douloureux : Les Fleurs bleues, La Révolution silencieuseLes Séminaristes, Varsovie 83…

Aujourd’hui, Radio Prague, de Jiří Mádl, aborde la période de démocratisation relative de la Tchécoslovaquie, dite « printemps de Prague », qui précède l’invasion du pays, le 21 août 1968, par les troupes du pacte de Varsovie (750.000 soldats étrangers, 6.000 chars), venues rétablir l’ordre soviétique…

Des médias étroitement surveillés

Le récit suit Tomáš Havlík, un jeune technicien talentueux envoyé à la radio nationale par la police secrète pour surveiller une équipe de journalistes, menés par le courageux rédacteur en chef Milan Weiner, qui dévient un peu trop des discours officiels, contestent ouvertement l’autorité à l’antenne et contournent la censure d’État… Tomáš n’a pas tellement d’autre choix que d’accepter la mission qui lui est confiée ; s’il refuse, son petit frère risque de lui être retiré.

Bien entendu, notre héros finira, comme l’on s’y attend, par se retourner contre la police politique tandis que la révolte grondera dans les rues de la capitale. Révolte à laquelle Radio Prague aura tout loisir de prendre part…

La prise en main du pays par l’URSS

Pour rappel, depuis la libération de la Tchécoslovaquie, en mai 1945, par l’Armée rouge, le pays est progressivement tombé sous la domination soviétique. À l’époque, un gouvernement de coalition se forma aussitôt, au bénéfice du Parti communiste qui récupéra notamment le très stratégique ministère de l'Information et se mit à contrôler les médias.

Lorsque le gouvernement de Klement Gottwald eut la possibilité inespérée de bénéficier du plan Marshall, Staline s’y opposa fermement, considérant que l’adhésion de la Tchécoslovaquie au plan d’aide américain serait un acte dirigé contre l'URSS ; le gouvernement dut alors se résigner…

Le 21 février 1948, face à l’inquiétante prise de pouvoir des rouges au sein des institutions, et notamment de la police, onze ministres non communistes démissionnèrent de leur poste par protestation. Le président Edvard Beneš nomma, en conséquence, un nouveau gouvernement presque exclusivement composé de communistes… C’est alors que le pays connut une vague de répression sans précédent, entre 1948 et 1953.

Le « printemps de Prague »

Quand Alexander Dubček fut élu à la tête du parti, en janvier 1968, succédant à Antonín Novotný, la Tchécoslovaquie s’ouvrit peu à peu à l’économie de marché et démocratisa ses institutions. Dubček évoqua alors un « socialisme à visage humain ». Il fut le second dirigeant, après Imre Nagy, en Hongrie, à envisager une « libéralisation » du régime communiste. Un positionnement inacceptable pour les Russes, qui pénétrèrent sur le territoire et emmenèrent de force, en URSS, les représentants du parti et de l’État, mettant fin à ce « printemps de Prague ». Dès lors, de 1968 jusqu’à la fin du régime, l’étau se resserra pour les Tchécoslovaques ; l’historien Pavel Bělina, dans son Histoire des pays tchèques, parle carrément de « société enterrée vivante »…

Un intérêt purement historique

Le film de Jiří Mádl, indépendamment de son sous-texte (facile) sur la guerre en Ukraine et de ses intentions évidentes, a le grand mérite d’aborder une période peu traitée au cinéma, de dépeindre un climat très particulier et de nous rappeler incidemment que la démocratisation et la liberté dont jouissait la population avant l’arrivée des chars soviétiques, le 21 août 1968, étaient bien relatives…

Assez quelconque dans sa mise en scène et dans ses biais scénaristiques, Radio Prague doit essentiellement son intérêt à sa dimension historique, bien que celle-ci manque peut-être de contextualisation pour un public d’Europe occidentale, non familier de la Tchécoslovaquie.

Pierre Marcellesi

Date de dernière mise à jour : 01/04/2025

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