L’empereur des Français veut mettre l’Europe à ses pieds. Tout va se jouer ici, dans cette plaine gelée de l’empire autrichien…
Le contexte
Le 21 octobre 1805, les Anglais coulent la flotte de Napoléon à Trafalgar, près de Gibraltar. Mais sur le continent, les affaires de l’Empereur vont mieux. Après avoir battu les Autrichiens à Ulm le 20 octobre, il occupe Vienne. Puis se dirige vers la Moravie où se trouve l’armée russe d’Alexandre Ier et ce qui reste des forces autrichiennes de François II.
L’enjeu de la bataille
Napoléon veut affirmer sa suprématie sur l’Europe continentale. Afin d’empêcher la Prusse de basculer dans la coalition formée par la Russie, l’Autriche et le Royaume-Uni, il porte le combat au cœur de l’Europe. Une victoire à Austerlitz lui permettrait de tenir à distance ses ennemis.

La bataille d’Austerlitz, le chef-d’œuvre stratégique de Napoléon
Il a tout prévu, tout deviné. La Grande Armée de Napoléon est moins nombreuse que la coalition ennemie. L’empereur des Français fait donc croire qu’il n’est pas prêt à se battre. Le camp d’en face va tomber dans le panneau… Sa ruse, il la prépare avec soin. D’abord, le lieu du combat, autour d’un plateau situé à l’ouest d’Austerlitz (actuel Slavkov u Brna en République tchèque), sur la route de Vienne. Le 21 novembre 1805, Napoléon inspecte ces landes à demi gelées avec ses lieutenants. « Etudiez bien ce terrain, nous nous y battrons », leur demande-t-il. Ensuite, le plan de l’attaque. « Si je refuse ma droite en la retirant vers Brünn (Brno), et que les Russes abandonnent ces hauteurs, explique-t-il quelques jours plus tard en désignant le plateau de Pratzen, ils sont pris en flagrant délit et perdus sans ressources. »
La ruse enfin. Le 29, l’Empereur sollicite une entrevue auprès de l’empereur russe Alexandre Ier. Méfiant, celui-ci lui envoie le prince Dolgorouki. Napoléon se présente débraillé, le visage sale. Il demande un armistice et semble peu décidé à engager sa Grande Armée dans un combat incertain. Le 1er décembre, une vaste coalition austro-russe s’installe sur le plateau tout juste abandonné par les Français. En apercevant ces longues colonnes plus nombreuses que ses propres forces, le général corse se frotte les mains : « Avant demain soir, cette armée est à moi ! »
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Il visite les bivouacs dans la soirée et prodigue ses encouragements à ses hommes. Après avoir fixé une poignée de paille à leur baïonnette ou sur une perche, les grognards y mettent le feu et hurlent « Vive l’Empereur ! » Au loin, les coalisés pensent que l’ennemi brûle ses campements afin de s’enfuir à la lueur de l’incendie. En fait, on célèbre avec quelques heures d’avance le premier anniversaire du couronnement de Napoléon Ier, le 2 décembre 1804 !
L’empereur Alexandre Ier n’écoute pas l’expérimenté général Koutouzov
La nuit est épaisse, c’est le moment pour les Austro-Hongrois de préparer l’assaut. Ils en sont sûrs, ils ne feront qu’une bouchée de ces Français fatigués ! Peu après minuit, l’armée des coalisés engage la descente du plateau en direction du sud, sur la droite des Français – là où leurs défenses semblent peu nombreuses. Ils veulent engager le combat pour empêcher la Grande Armée de s’enfuir. Dans la brume de l’aube, les chevaux et les canons s’embourbent. Le sol est en effet couvert d’une neige fine, mais il se révèle beaucoup trop meuble pour une telle manœuvre. On n’y voit rien ? Peu importe ! Le tsar refuse d’écouter les conseils de prudence de son commandant en chef, l’expérimenté général Koutouzov. C’est ici qu’il faut attaquer, afin de contourner la Grande Armée pour ensuite la couper en deux.
À 7 heures du matin, le Corse demande au maréchal Soult quel est le temps nécessaire pour gravir les pentes du Pratzen. « Moins de vingt minutes, Votre Majesté ! » Napoléon lui demande d’attendre encore un quart d’heure. Puis les brigadiers et les cavaliers du 4e corps d’armée se lancent à l’assaut du plateau au son des tambours et des trompettes. Peu avant 8 heures, le soleil d’Austerlitz se lève. Fidèle au rendez-vous fixé par Bonaparte, il dissipe rapidement le brouillard. Quel tableau ! En quelques instants, la scène de la bataille se dévoile à tous les belligérants. La colonne austro-russe étirée sur 8 kilomètres est en train de se faire couper en deux sur le plateau, alors qu’au sud les alliés butent sur le 3e corps d’armée du maréchal Davout, qui était caché par la brume !
C’est la débandade parmi les troupes de l’empereur Alexandre Ier
Trois heures plus tard, les coalisés se bousculent et se piétinent, coincés entre des étangs gelés et la résistance acharnée des brigadiers de Davout. Protégés derrière des fossés, ceux-ci bloquent le passage à un contre quatre. Les Russes et les Autrichiens tentent de reprendre pied sur le plateau de Pratzen en envoyant l’élite de l’élite : la Garde impériale d’Alexandre Ier. C’est le moment qu’attendait Napoléon. Il ordonne la charge de sa propre garde. Les chasseurs et les grenadiers à cheval du général Rapp engagent une mêlée confuse avec les chevaliers-gardes russes.
L’aide de camp de l’Empereur prend un coup de pointe sur la tête, son sabre est cassé, il est couvert de sang – mais il capture le prince Repninski. Autour de lui, les mamelouks de Napoléon font voltiger les têtes des boyards avec leurs sabres recourbés. « Beaucoup de belles dames vont pleurer demain à Saint-Pétersbourg », commente le stratège. Vers 2 heures de l’après-midi, c’est la débandade côté allié. Au sud, les dizaines de milliers d’hommes bloqués par les bonnets à poils de Davout se jettent sur les étangs gelés pour s’enfuir. Désormais solidement installés sur le plateau, les canons français bombardent à tout va les marécages éclairés par le faible soleil d’hiver. Effrayés par le sifflement des boulets, les chevaux se cabrent. Les hussards austro-russes abandonnent leur artillerie, s’embourbent ou se noient. Plusieurs milliers lèvent les bras en demandant grâce. Les cavaliers de réserve du prince Murat, beau-frère de l’Empereur, poursuivent les fuyards pendant quelques kilomètres.
Le lendemain à l’aube, Napoléon s’adresse à ses troupes : « Soldats, je suis content de vous. […] Je vous ramènerai en France. […] Il vous suffira de dire “J’étais à la bataille d’Austerlitz” pour que l’on vous réponde “Voilà un brave”. »
Les conséquences sur le destin des trois empereurs
Napoléon Ier au sommet de sa gloire
Pour célébrer cette campagne victorieuse, il ordonne la construction des arcs de triomphe de l’Etoile et du Carrousel ; il fait fondre les canons pris à l’ennemi pour dresser la colonne Vendôme. Il impose à ses alliés et à ses ex-adversaires européens la mise en place d’un blocus commercial continental contre les Anglais. C’est l’acmé de son règne. Bien plus tard, en 1821, déchu et en exil sur l’île de Sainte-Hélène, l’ancien Empereur s’éteint sur son lit de camp d’Austerlitz.
Le tsar Alexandre Ier rumine sa vengeance
Après avoir mis en œuvre une stratégie désastreuse à Austerlitz, le tsar de toutes les Russies prend la fuite avec les débris de son armée. Toujours décidé à en découdre, AlexandreIer déclenche les hostilités dès l’année suivante en s’alliant à la Prusse. Mais en 1807, il essuie deux nouvelles défaites à Eylau et Friedland (villes situées dans l’actuelle enclave russe de Kaliningrad). Cinq ans plus tard, la retraite de Russie lui offre une revanche éclatante, suivie de l’installation des cosaques à Paris en 1814.