
L’armée sera-t-elle le dernier rempart des patriotes quand tout sera joué ? Pas si sûr si l’on relit le dernier chapitre du Camp des saints de Jean Raspail dans lequel l’armée de l’air bombarde l’ultime refuge de la Nation française. Pas si sûr non plus si l’on considère ce bon indicateur du moral des troupes qu’est le nombre de désertions. Lequel est en forte hausse depuis 2022 au sein des personnels militaires de l’armée de terre, d’après un rapport parlementaire publié le 19 mars dernier par l’Assemblée nationale, rédigé par les députés Loïc Kervran (Horizons) et Caroline Colombier (RN), et intitulé « Recrutement et fidélisation : gagner la bataille des ressources humaines du ministère des Armées ».
Alors que les chiffres étaient globalement stables avant 2022, avoisinant les 900 « départs » chaque année, il y a eu 1.485 désertions en 2022, soit une hausse de 56% par rapport à l’année précédente. On en a dénombré 1.253 en 2023, soit un chiffre en légère baisse qui correspond toutefois à une augmentation de 31% par rapport à 2021.
Le texte relève les « incertitudes et versatilités professionnelles des jeunes actifs » et, plus largement, « un problème d’adaptation à la vie militaire et d’acceptation des singularités et contraintes de cet engagement ». Il y aurait une part « d'immaturité toujours difficile à modéliser », liée à la difficulté pour certains engagés de respecter leur contrat jusqu’au bout.
Selon l’article L321-2 du Code de justice militaire, un militaire est déclaré déserteur s’il «s’évade, s’absente sans autorisation, refuse de rejoindre sa formation de rattachement ou ne s’y présente pas», sur le sol français ou à l’étranger, ou s’il ne se présente pas au départ d’une mission se déroulant à l’extérieur du territoire national.
La désertion est constatée sept jours après l’absence, et punie de cinq à dix ans d’emprisonnement, en vertu de l’article 698 du Code de procédure pénale.
On en est loin : « Les peines prononcées sont des peines assorties d’un sursis simple allant de 15 jours à 6 mois, voire par un classement sans suite » affirme le rapport. « La section AC3 du Parquet de Paris – affaires militaires et atteintes aux intérêts fondamentaux de la Nation – classe systématiquement sans suite », déplore-t-il. Les sanctions ne seraient donc pas assez dissuasives pour endiguer les défections.
Les armées ont récemment développé des mesures pour lutter contre les désertions, mesures à mettre en lien avec les aspirations affichées par la Loi de programmation militaire 2024-2030 qui souhaite porter le budget consacré à la Défense à 67 milliards d’euros en 2030, soit 16,5 milliards de plus que ce que prévoit le budget de 2025. Le ministère des Armées ambitionne d’augmenter ses effectifs de 6.000 hommes en six ans, en plus de son objectif d’atteindre le seuil de 80.000 réservistes.
On comparera ces chiffres avec les 20 millions de soldats que la Russie pourrait mobiliser en cas de « coup dur ». Par ailleurs, contrairement à l’armée russe, les soldats français ne savent pas ce qu’est une guerre de haute intensité sur le temps long.
Henri Dubost