900.000 régularisations : l’Espagne ouvre ses portes à l’immigration de masse

Migrants en Méditerranée : que dit le droit international ? | TV5MONDE -  Informations

« L’Espagne doit choisir entre être un pays ouvert et prospère et un pays fermé et pauvre. Nous avons choisi la première option. » Ce 19 novembre, le gouvernement espagnol a annoncé l’adoption d’une nouvelle réglementation visant à faciliter l’obtention des titres de séjour et à rallonger leur durée. À compter de 2025 et pendant trois ans, l’Espagne prévoit ainsi de régulariser 300.000 migrants chaque année, soit 900.000 clandestins au total. Ce nouveau règlement sur les étrangers, qui prévoit en outre le « renforcement » des droits de travailleurs, est justifié, selon l’exécutif socialiste, par un impératif économique. Mais pour leurs opposants, et notamment les membres du parti Vox, cet argument ne tient pas.

Immigration et économie

« L’Espagne a besoin d’environ 250.000 à 300.000 travailleurs étrangers par an pour maintenir son niveau de vie ». Devant les journalistes, Elma Saiz, ministre socialiste de l’Inclusion, la Sécurité sociale et les Migrations, assume la nouvelle réforme du règlement des étrangers. À l’écouter, la péninsule ibérique manquerait cruellement de main d’œuvre, ce qui justifierait un recours accru à l’immigration. Le gouvernement espagnol, à rebours de nombre de ses voisins européens, a donc décidé de faciliter les régularisations. Avec cette réforme, la durée du visa de recherche d’emploi sera ainsi allongée de trois mois à un an. Les délais seront raccourcis et les formalités à remplir pour obtenir un titre de séjour seront également allégées. Enfin, de nouveaux statuts donnant droit à une régularisation devraient voir le jour. « L’objectif : […] que les migrants puissent mener une vie pleine en tant que citoyens, avoir des droits et des devoirs ». Il faut remonter à 2005 pour trouver dans l'histoire espagnole une régularisation aussi massive. A l’époque, le gouvernement socialiste avait distribué des titres de séjour à près de 600.000 clandestins.

Cette réforme s’inscrit dans un contexte politique favorable à l’immigration. En avril dernier, déjà, le Parlement, saisi par une pétition citoyenne et par de nombreuses ONG, avait adopté une proposition de loi visant à modifier le Code des étrangers pour faciliter la régularisation des étrangers qui se trouvent le territoire espagnol. Pedro Sanchez, à la tête de l’exécutif socialiste, ne cache d’ailleurs pas sa volonté de faire de l’immigration un outil de relance de l’économie ibérique. « Accueillir celui qui vient de l’extérieur à la recherche d’une vie meilleure, ce n’est pas uniquement un devoir […], c’est aussi essentiel pour garantir la prospérité de notre économie et l’avenir de notre protection sociale. » lançait le chef du gouvernement en octobre dernier.

Arrivées massives en Espagne

Une vision qui n’est pas partagée par les membres de Vox, parti classé à droite de l’échiquier politique. « Au lieu de promouvoir la natalité autochtone, le consensus progressiste a diabolisé l’institution de la famille et favorisé la substitution démographique en important une immigration massive » dénonce ainsi Ignacio Garriga, secrétaire général de Vox. Plutôt que de régulariser et créer de fait un « appel d’air » à l’immigration, son parti appelle à la « remigration » des clandestins.

Il faut dire qu’à l’inverse de l’Italie, l’Espagne voit les chiffres de l’immigration sur son sol augmenter. Selon le ministère de l’Intérieur espagnol, entre janvier et septembre 2024 42.231 migrants en situation irrégulière sont arrivés sur la péninsule ibérique, soit une augmentation de de 59% par rapport à la même période en 2023. La plupart de ces migrants ont emprunté la voie des Canaries qui se retrouvent débordés par les arrivées. Résultat, l’immigration qui n’était que la quatrième préoccupation des Espagnols au début de l’été, se hisse désormais en tête de leurs soucis. Par ailleurs, l’Espagne étant l'une des portes d’entrées de l’immigration en Europe, les régularisations massives annoncées par le gouvernement espagnol pourraient bien un jour arriver en France…

Clémence de Longraye

Date de dernière mise à jour : 21/11/2024

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